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 COMMENTAIRE DE LEO IRENEUS

 

Une émotion bien compréhensible nous étreint à la vision de ce chef-d'oeuvre dont la facture artistique, n'a d'égale que la haute portée symbolique. On peut le dire sans ambages, la croix de FERREGON est une merveille, une nourriture pour l'oeil et pour l'esprit, un condensé de l'Art  Hermétique, un précieux réceptacle de l'Enseignement sacré et secret dont la «substantifique moelle » ne demande qu'à être révelée.
L'ouvre se présente globalement par un Christ en Croix, finement ciselé dans un métal que nous présumions être de l'argent, mais qui est en fait du fer blanc, et plaqué sur du bois, foisonnant de symboles aussi riches que parlants qui rendent
l'ensemble vibrant du courant immémorial de la Tradition.
Nous n'avons pas résisté à la tentation d'appliquer à ce document photographique, le plan du temple au premier degré dont le tracé révèle dans le rectangle de la Genèse, la  création du monde, le notre, et le point mystique et opératif à partir duquel se
manifeste l'Etincelle. Quel ne fut notre ravissement de voir que ce point se situe exactement au niveau du lieu de la semence, pudiquement  voilé par un léger drap, le  lieu du Mystère de la vie, de la Chute et de la Résurrection. « Qui habet aures audiendi audiat ».
Mais n'est ce pas justement ce voile que l'Artiste doit délicatement déchirer pour accéder au coeur de la matière, qui se transfigure lors de la coction du troisième oeuvre, en rayonnant de Lumière. Et cette image de ce Christ irradiant de faisseaux lumineux, ne symbolise t-elle pas magnifiquement cette étape qui élève l'Artiste au rang d'Adepte ?  Serions nous étonnés de savoir que si le plan de cette extraordinaire croix s'insère dans un carré long, c'est bien parce qu'elle respecte dans ses
mensurations la Proportion Dorée ?  Le christ en croix préfigure, et les Fils de l'Art ne nous démentirons pas, la mise au creuset de l'embryon philosophique, le «gnaphar  min - ha adhamah », pour en extraire son âme blanche ou rouge, cette dernière étant appelée presque avec emphase,  « Sang du Christ ». Ce sang qui jaillit du coeur du christ, c'est à dire du centre,, du point focal de la matière, lorsque longinus, jouant le rôle de Mars, transperça avec sa lance, symbole du feu, le
côté droit de l' "Agneau de Dieu ". Est-il nécessaire de rappeler que l'agneau est considéré par les Alchimistes comme représentant la Prima  Matéria de l'ouvre ? 

Mais revenons à ce coeur transpercé sur lequel il nous est dit « . Mais un des soldats lui perça le côté avec une lance, et aussitôt il en sortit du sang et de l'Eau » Jean 19, verset 34. L'eau n'est-elle pas celle sortant de la Minière des sages
et qu'ils baptisent Mercure ? Or en nous concentrant sur les détails de la croix de FERREGON, nous remarquons sur la branche la plus haute de l'axe vertical, de merveilleux symboles opératifs. Inclus dans une sorte de niche, un coq, érigé sur un
piédestal, est surmonté par un large feuille (pour faire penser à un « feuillage » ? dont le bord latéral soutient, ce que nous considérons être une fleur épanouie. Ces symboles pris ensemble, dessinent la silhouette d'un arbre, et il nous est difficile de ne pas le comparer à «  l'arbre de Piccolpassi » avec son inscription « Sic in stérili », dont la lumineuse et magistrale iconographie a été faite par Eugène Canseliet dans son ouvrage « Alchimie ».
Le piédestal sera associé au rocher, celui que Moïse frappa de sa Verge pour en faire sortir l'Eau, la  fameuse matière des sages de laquelle ils extraient leur Mercure (le coq) et leur ''Terre de Feuille'' (la feuille ), qui après les dues purifications et
conjonction, leurs donnent les précieux Elixir, rendu irradiant comme une lumineuse fleur ouvrant ses pétales, lors du troisième ouvre.
Intéressons nous maintenant à la partie transverse de la croix. Les extrémités gauche et droite s'ouvrent chacune d'un angelot qui couvrent de leurs ailes les symboles du soleil et de la lune, aux bons endroits, tels qu'exaltés dans la rituélique des très rares Loges maçonniques, indépendantes et orthodoxes, celles dont la pierre d'angle est philosophale, dans le sens
le plus opératif du terme. Le soleil et la lune sont les deux luminaires qui guident les travaux de l'alchimiste, et délimitent l'aire, le pavé sacré de la réalisation , tant à l'oratoire qu'au laboratoire.
A travers ces deux composants du Mercure primitif, tout l'art peut s'expliquer par la correcte compréhension de tout ce qui se rattache à ses deux symboles. Les points de crucifixion des mains (même si la gauche est manquante, mais on le devine
aisément) sont très proches de ces deux astres. La main droite semble s'ouvrir pour saisir le soleil, qui avec la lune, rythment toutes les phases du ''temps'' chymique. A ce propos, Jacque Tolius (in '' le chemin du ciel chimique'') écrit que << l'année des
philosophes n'est autre chose que le tour que fait le soleil philosophique .  Le mois philosophique est celui de la lune>>. L'une des plus importante phase de l'oeuvre est la naissance du sel, sans lequel, non seulement aucun phénomène alchimique n'est possible, mais aussi aucune élaboration déterminante par voie sèche. Or l'obtention du sel se fait par la conjonction du soleil et de la lune, dont le Christ auquel on l'associe, en est la résultante. Et cet acte opératif est très précisément démontré par la croix de FERREGON. Les bras de part et d'autre du corps (l'androgyne primitif), traduisent la séparation de la matière en ses deux entités constituantes. Les pieds joints et fixés par un clou, dans la partie verticale basse de la croix, montrent la nécessaire réunion, conjonction de ces mêmes entités qui engendrent par la copulation chymique, le Fils, le sel. Observez bien
les pieds du sauveur qui dessinent subrepticement la corrole de la fleur quintessentielle, et dont le stigmate (curieuse coïncidence) serait la tête du clou. 
Au pied de la croix se trouve une autre curieuse et très importante figure : un angelot transmettant un influx vivifiant à travers les pétales d'une seconde fleur, qui fait le pendant à celle du haut, se trouvant sur ce même axe fixe. Et cet influx, sous
forme d'un souffle se divisant en deux parties, se condense en une substance vaporeuse, et même  floconneuse. Comment hésiter un seul instant pour y voir la révélation d'un élément important dans l'élaboration de la pierre qui est la rosée du
printemps. Car n'est - ce pas ce sublime liquide qui se dépose délicatement sur toute la Nature et que l'on aperçoit à l'aurore, lorsque RE-naît le jour ? Le sel qu'on en tire par ''précipitation'', constituera l'un  des éléments du Feu secret qui permettra, dans la voie minérale ou métallique, l'ouverture de la matière et la possibilité d'accéder à son germe.
La croix de FERREGON renferme assurément tout le symbolisme opératif de la vie sèche. On pourrait encore en dire beaucoup, tant ce chef-d'ouvre succite la méditation et recèle de symboles qui nous ont peut-être échappés. Mais la croix de FERREGON reste surtout une invitation explicite à la pratique et à la réalisation par le feu au creuset, un appel à tous
ceux qui veulent mériter le nom de philosophes par le Feu.

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